Pourquoi je fais des angoisses ? Comprendre (enfin) ce que raconte votre corps

Vous êtes tranquillement chez vous, dans votre voiture, au travail ou sur le point de vous coucher. Et soudain, quelque chose change.

Votre cœur s’accélère. Votre respiration devient plus courte. Votre ventre se noue. Votre gorge se serre. Vous avez chaud, vous tremblez, ou cette sensation étrange apparaît : quelque chose ne va pas.

Parfois, vous savez exactement ce qui a déclenché votre angoisse. Et parfois, absolument pas. Alors une question revient, inlassablement : « Mais pourquoi je fais des angoisses ? »

C’est une question que j’entends très régulièrement en séance. Et ce qui déroute le plus souvent les personnes que j’accompagne, c’est ce décalage :

« Je sais que tout va bien. Je sais qu’il n’y a pas de danger. Mais mon corps, lui, réagit quand même. »

C’est justement là que les choses deviennent intéressantes. Parce que ce que votre tête sait aujourd’hui et ce que votre corps ressent ne racontent pas toujours la même histoire.

Pourquoi fait-on des crises d’angoisse ?

L’angoisse n’est pas simplement « dans la tête ». Notre organisme possède un véritable système d’alarme. Lorsqu’une menace est perçue, le corps se prépare automatiquement à réagir : le cœur accélère, la respiration se modifie, les muscles se tendent, la transpiration augmente.

C’est une réaction normale et utile lorsqu’un danger existe réellement. Mais ce système d’alarme peut aussi se déclencher alors qu’aucun danger immédiat n’est présent. Votre tête regarde autour d’elle et dit : « Il ne se passe rien. » Et votre corps semble répondre : « Moi, je ne suis pas si sûr… »

C’est précisément ce décalage qui donne cette impression déroutante de faire une crise d’angoisse sans raison.

Angoisse sans raison apparente : et si le déclencheur n’était pas la cause ?

C’est probablement l’une des phrases que j’entends le plus : « Pourtant, Aude, tout va bien dans ma vie. » Et je le crois volontiers, parce que le déclencheur d’une réaction n’est pas nécessairement sa cause entière.

Notre cerveau apprend par association. Une situation, une sensation, une ambiance ressemblant à une expérience antérieure peut participer au déclenchement d’une peur. Cela ne veut pas dire que chaque crise d’angoisse cache un traumatisme : les mécanismes de l’anxiété dépendent de nombreux facteurs (histoire, environnement, état physique, niveau de stress, habitudes de vie…).

Mais cela signifie qu’il peut être utile de ne pas regarder uniquement le moment où l’angoisse apparaît, car ce moment n’est pas toujours le début de l’histoire.

Imaginez une alarme incendie qui sonne. Le premier réflexe est d’arrêter ce bruit insupportable — c’est exactement ce que l’on fait souvent avec l’angoisse : « Comment je fais pour que ça s’arrête ? » Respirer, se distraire, se raisonner : tout cela peut aider à traverser le moment. Mais si l’alarme se déclenche encore et encore, une autre question devient intéressante : pourquoi se déclenche-t-elle ?

« Je comprends pourquoi… mais ça continue »

Certaines personnes arrivent en séance en ayant déjà beaucoup travaillé sur elles. Elles connaissent leur histoire, savent d’où viennent certaines peurs, ont déjà beaucoup analysé. Et elles me disent : « Je comprends tout ça. Mais ça ne change rien à ce que je ressens. »

C’est essentiel, car comprendre est important mais ne suffit pas toujours à modifier une réaction automatique. Vous pouvez savoir que vous êtes en sécurité et sentir votre cœur s’emballer. Vous pouvez savoir que cette personne n’est pas celle qui vous a fait souffrir autrefois, et sentir votre corps se mettre immédiatement sur la défensive.

La tête a compris. Le corps, lui, continue parfois de déclencher l’alarme. C’est précisément à cet endroit que commence mon travail.

La méthode ECAA : Écouter, Comprendre, Accepter, Agir

Au fil de mes années de pratique, j’ai structuré ma façon de travailler autour de quatre étapes.

Écouter. Avant de chercher à supprimer une réaction, je vous invite à l’observer : que ressentez-vous ? Quand cela arrive-t-il ? Que se passe-t-il juste avant ? Le corps n’est plus seulement l’ennemi qui empêche de vivre normalement — nous commençons à l’écouter.

Comprendre. Nous cherchons ensuite à repérer les déclencheurs, les répétitions, les associations qui entretiennent la réaction — pas pour inventer une explication à tout prix. Une personne qui disait « Ça m’arrive complètement au hasard »commence souvent à percevoir son fonctionnement différemment.

Accepter. C’est le mot qui mérite le plus d’être expliqué : accepter ne signifie pas se résigner. Une personne accompagnée pour des angoisses liées à la conduite ne « décide » pas d’aimer avoir peur au volant — elle reconnaît ce qui est là, ce qui a été vécu, et sort ainsi d’une bataille épuisante : avoir peur, puis avoir peur d’avoir peur. Lutter de toutes ses forces contre une sensation peut parfois lui donner encore plus de place.

Agir. Comprendre son histoire est précieux, mais l’objectif n’est pas de rester éternellement dans l’analyse. Selon les besoins de la personne, j’utilise différents outils psycho-corporels — sophrologie, EFT, IMA basée sur l’EMDR — pour travailler sur ce qui continue aujourd’hui à provoquer une réaction disproportionnée, afin que le présent reprenne progressivement sa place. Votre histoire vous appartient ; il ne s’agit pas de l’effacer.

Quand faut-il consulter pour des crises d’angoisse ?

Lorsque les angoisses deviennent fréquentes, qu’elles perturbent votre sommeil, votre travail ou vos relations, ou commencent à vous faire éviter certaines situations, il peut être utile de vous faire accompagner.

Un autre phénomène peut en effet s’installer progressivement : la peur d’avoir peur. « Et si ça recommence au restaurant ? Et si je fais une crise en voiture ? Et si ça m’arrive devant tout le monde ? » Ce n’est alors plus seulement l’angoisse qui limite le quotidien, mais l’anticipation de la prochaine.

Des symptômes physiques nouveaux, importants ou inhabituels ne doivent pas être automatiquement attribués à l’anxiété. Un avis médical est nécessaire pour évaluer tout symptôme préoccupant ou dont l’origine n’est pas connue.

Et si votre corps n’était pas votre ennemi ?

La prochaine fois que votre corps se mettra en alerte, votre premier réflexe sera peut-être de lui dire : « Arrête. Il n’y a aucune raison d’avoir peur. » Vous pourrez peut-être ajouter une autre question : « Qu’est-ce qui se passe en moi ? » — non pas pour analyser chaque sensation ou chercher un traumatisme derrière chaque émotion, mais pour commencer à regarder votre réaction autrement.

Parce que parfois, la tête a déjà compris depuis longtemps. Le corps, lui, continue de réagir. Et c’est précisément pour cela que j’ai choisi de commencer par l’écouter.

Le corps n’oublie rien, il raconte.


Vous vous reconnaissez dans cet article ?

Je suis Aude Jeanne, sophrologue et créatrice de la méthode ECAA – Écouter, Comprendre, Accepter, Agir. J’accompagne les personnes confrontées aux angoisses, à l’anxiété, aux traumatismes et aux réactions émotionnelles persistantes, ainsi que celles qui traversent un deuil, une rupture ou une transition de vie.

Je reçois au cabinet à Warhem, près de Dunkerque et Bergues, et j’accompagne également en visioconférence partout en France.

Vous pouvez aussi retrouver mon approche dans mon livre et mon podcast La Voix du Corps.

Si votre tête a déjà beaucoup compris mais que votre corps continue de réagir, prenons rendez-vous pour commencer à écouter ce qu’il raconte.