« Pourtant, tout va bien dans ma vie. »
C’est une phrase que j’entends très souvent en séance.
Vous avez un travail, une famille, des projets. Rien de particulièrement inquiétant ne se passe aujourd’hui. Et pourtant, sans prévenir, votre corps se met en alerte.
Le cœur s’accélère. La respiration change. Une boule apparaît dans la gorge ou dans le ventre. Vous ressentez une oppression, des vertiges, des tensions, parfois même cette impression étrange que quelque chose de grave va arriver.
Et votre tête cherche immédiatement une explication :
« Mais pourquoi je fais une crise d’angoisse alors que tout va bien ? »
C’est justement là que les choses deviennent intéressantes.
Parce que ce que votre tête sait aujourd’hui et ce que votre corps ressent ne racontent pas toujours la même histoire.
La tête sait que tout va bien… mais le corps se met en alerte
Lors d’une crise d’angoisse, le corps déclenche une véritable réaction d’alerte.
Cette réaction peut être très impressionnante : accélération du rythme cardiaque, respiration plus rapide, transpiration, tremblements, tensions musculaires, sensation d’oppression, nausées, vertiges…
Le problème, c’est qu’il n’y a pas forcément de danger identifiable devant vous.
Vous êtes peut-être tranquillement chez vous, dans votre voiture, au travail ou sur le point de vous endormir.
Votre tête vous dit :
« Il n’y a aucun danger. »
Mais votre corps, lui, réagit comme s’il devait vous protéger de quelque chose.
Et plus vous essayez de comprendre immédiatement pourquoi, plus une deuxième peur peut apparaître :
la peur de ce qui est en train de vous arriver.
Pourquoi le corps peut-il réagir à une situation qui n’est pas dangereuse ?
Notre corps ne réagit pas uniquement à ce qui se passe objectivement autour de nous.
Il réagit aussi à ce qu’il perçoit.
Une sensation, une situation, une pensée, une ambiance ou parfois un élément dont vous n’avez même pas conscience peut réveiller une réaction déjà connue.
C’est quelque chose que j’observe régulièrement dans mes accompagnements.
Une personne peut parfaitement savoir qu’elle est aujourd’hui en sécurité et ressentir malgré tout une réaction corporelle très forte.
Et parfois, en travaillant ensemble, nous découvrons qu’une réaction actuelle fait écho à une expérience beaucoup plus ancienne.
Un deuil.
Une séparation.
Une maladie.
Une peur vécue dans l’enfance.
Une humiliation.
Une période d’insécurité.
Un événement traumatisant.
Cela ne signifie pas que chaque crise d’angoisse cache obligatoirement un traumatisme.
Mais cela signifie qu’il peut être intéressant de ne pas regarder uniquement ce qui se passe aujourd’hui.
« Je sais d’où ça vient… mais ça continue »
Voilà une autre phrase que j’entends beaucoup.
Et elle est essentielle.
Parce que comprendre est important, mais comprendre ne suffit pas toujours à modifier une réaction corporelle.
Vous pouvez avoir parfaitement analysé votre histoire.
Vous pouvez savoir pourquoi certaines situations vous touchent.
Vous pouvez même vous répéter :
« Tout va bien. Je suis en sécurité. Il n’y a aucune raison d’avoir peur. »
… et sentir malgré tout votre ventre se nouer.
C’est précisément ce décalage qui m’intéresse dans mon travail.
La tête a compris. Mais le corps continue de réagir.
Alors plutôt que de lutter contre lui ou de lui demander de se taire, nous pouvons commencer par nous demander ce qu’il essaie d’exprimer.
Que faire lorsque votre corps se met en alerte ?
La première chose n’est pas forcément de chercher immédiatement pourquoi vous êtes en train de faire une crise.
Lorsque le corps est en pleine alerte, il a d’abord besoin de retrouver un sentiment de sécurité.
Revenez à ce qui existe réellement autour de vous.
Regardez la pièce dans laquelle vous êtes. Sentez vos pieds au sol. Prenez conscience de vos appuis.
Et surtout, revenez doucement à votre respiration.
J’utilise souvent en séance un exercice extrêmement simple que j’appelle la respiration bougie.
Imaginez une bougie devant vous.
Inspirez tranquillement par le nez.
Puis soufflez doucement par la bouche comme si vous vouliez faire vaciller la flamme sans l’éteindre.
Et recommencez plusieurs fois, sans forcer.
L’objectif n’est pas de vous battre contre votre corps.
Au contraire.
Vous lui montrez progressivement que, dans l’instant présent, vous êtes en sécurité.
Et ensuite ? Écouter ce que le corps raconte
Une fois l’alerte passée, une autre question peut devenir intéressante :
Pourquoi mon corps a-t-il besoin de déclencher cette réaction ?
C’est notamment autour de cette question que s’est construite, au fil de mes années de pratique, la méthode ECAA.
Écouter. Comprendre. Accepter. Agir.
Quatre étapes qui guident aujourd’hui mes accompagnements.
Écouter ce que vous racontez, mais aussi ce que votre corps exprime.
Comprendre ce qui peut entretenir certaines réactions.
Accepter, non pas pour se résigner, mais pour reconnaître ce qui est là, ce qui a été vécu et parfois ce qui ne peut plus être changé.
Puis Agir sur ce qui peut l’être.
Pour cela, j’utilise différents outils psycho-corporels selon votre histoire, votre objectif et ce qui émerge au cours des séances : sophrologie, EFT, IMA basée sur l’EMDR notamment.
Il ne s’agit donc pas d’appliquer la même technique à tout le monde.
Parce que votre histoire est unique, votre accompagnement l’est aussi.
Quand les crises d’angoisse deviennent récurrentes
Une crise d’angoisse isolée peut être très impressionnante.
Mais lorsqu’elles se répètent, une autre difficulté peut apparaître : la peur d’avoir peur.
On commence à anticiper.
« Et si ça recommence au restaurant ? »
« Et si ça m’arrive en voiture ? »
« Et si je fais une crise devant tout le monde ? »
« Et si je n’arrive pas à dormir ? »
Petit à petit, certaines personnes commencent à éviter des lieux ou des situations.
C’est à ce moment-là qu’il devient particulièrement important de ne pas rester seul avec ce que l’on vit et de se faire accompagner.
Et bien sûr, des symptômes physiques nouveaux, importants, inhabituels ou dont l’origine n’a jamais été évaluée nécessitent également un avis médical. Une manifestation physique ne doit pas être automatiquement attribuée à l’anxiété.
Votre corps n’est peut-être pas votre ennemi
C’est probablement ce que j’aimerais que vous reteniez de cet article.
Lorsque votre corps se met en alerte alors que votre tête vous dit que tout va bien, votre premier réflexe peut être de vouloir reprendre le contrôle :
« Arrête. Calme-toi. Il n’y a aucune raison. »
Et si, au lieu de commencer par lui demander de se taire, vous commenciez par l’écouter ?
Non pas pour chercher une explication à tout prix.
Mais pour essayer de comprendre ce qui se passe et lui permettre progressivement de retrouver davantage de sécurité.
Parce que parfois, la tête a déjà compris depuis longtemps.
Le corps, lui, a encore quelque chose à raconter.
Le corps n’oublie rien, il raconte.
Aude Jeanne
Sophrologue – Accompagnement psycho-corporel
Créatrice de la méthode ECAA – Écouter, Comprendre, Accepter, Agir
Consultations au cabinet à Warhem, entre Dunkerque et Hazebrouck, ou en visioconférence.
